Retraite suisse – Deuxième pilier : baisser mes impôts et acheter ma résidence principale – Épisode 5

Apprenez comment utiliser votre deuxième pilier pour baisser vos impôts et pour acheter votre résidence principale.

Lors du dernier article sur la retraite suisse, nous avons vu que choisir un poste de travail moins rémunérateur mais avec une meilleure caisse de pension peut être le bon choix. Voyons aujourd’hui comment vous pouvez utiliser votre deuxième pilier pour baisser vos impôts 🙂 grâce aux rachats et pour financer votre résidence principale.

L’article peut vous paraître long… j’espère ici vous apporter un maximum de valeur. Vous serez alors incollable sur l’utilisation du deuxième pilier. 😉 Bonne lecture !

Je rachète ma caisse de pension et je baisse mes impôts

Un montant de « rachat » correspond à la différence entre le capital que vous avez accumulé aujourd’hui et ce qu’il y aurait dans votre caisse si vous aviez toujours eu les conditions d’épargne et de salaire que vous avez actuellement, et ce depuis vos 25 ans. C’est à cet âge que l’on commence à épargner dans le deuxième pilier.

Pour étayer mes propos, imaginez que vous avez 40 ans et que vous rejoignez une nouvelle entreprise avec un salaire de CHF 150’000.- annuel. Votre capital de deuxième pilier transféré depuis votre ancienne caisse se monte à 86’000.-. Votre ancien employeur vous permettait de cotiser au minimum légal alors que votre nouvel employeur fait tout le contraire : pas de plancher et de plafond sur le salaire assuré et des bonifications de vieillesse largement supérieure à la loi.

Vous découvrez sur votre relevé de caisse de pension que le montant de rachat possible est de 243’500.-. Cela signifie que si vous aviez travaillé à salaire égal et à caisse de pension égale dans cette entreprise depuis vos 25 ans, vous auriez dans votre caisse 329’500.- (la somme de votre apport de 86’000.- et du rachat possible de 243’500.-).

Vous pouvez donc ajouter (racheter) ce montant de votre poche dans votre caisse puis le déduire entièrement de votre revenu imposable.

Certaines caisses (généralement dans les grandes entreprises) permettent également de financer une retraite anticipée allant jusqu’à 5 ans avant l’âge légal (donc 59 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes). Le but ici est de maintenir le niveau de la rente entre ces 5 ans anticipés et la retraite « normale ». Pour avoir droit à ce rachat, il faut avoir complété les lacunes du rachat correspondant à l’âge légal. Ensuite, vous aurez le droit de financer / racheter les années de retraite anticipée et de déduire les montants de votre revenu imposable.

Quelle économie d’impôt pour un rachat ?

Alors vous allez sans doute me demander combien d’impôts vous pouvez économiser ? Et je n’ai pas de réponse toute faite car cela dépend de votre situation fiscale.

Cette dernière est influencée par plusieurs facteurs et notamment votre canton et votre commune de résidence, l’ensemble de vos revenus (revenus du travail et du patrimoine) et encore de votre situation familiale (marié, célibataire, nombre d’enfants).

Les notions à comprendre lorsque l’on parle d’économie d’impôt et que vous devriez connaître – si vous souhaitez réduire vos impôts – sont le taux moyen et le taux marginal d’imposition. En Suisse, l’impôt est progressif et fonction du revenu.

Un exemple d’économie d’impôts

Imaginons que notre quadra, cité plus haut, forme un couple marié et vit à Lausanne, avec deux enfants. Le couple gagne 180’000.- brut annuel et paye 25’811.- d’impôt à l’année. Ces 25’811.- représentent le taux moyen d’impôt de 14.4% des revenus (25’811/180’000).

Imaginons maintenant que notre couple augmente ses revenus de 1’000.- par an. Leurs impôts augmenteront à 26’057.-. Cette hausse de 245.- appliquée sur les 1’000.- de revenu nouveau revient à 24.5%. Ce taux est le taux marginal d’imposition. Il fonctionne dans les deux sens : si notre couple réduit son revenu de 1’000.- en rachetant sa caisse de pension, il économisera 245.- d’impôts ou 24.5% du montant racheté.

Retenez que plus le montant racheté sera petit et plus votre économie d’impôt sera proche de votre taux marginal. A l’inverse plus le montant sera élevé et proche de votre revenu annuel et plus vous économiserez votre taux moyen.

(Vous souhaitez connaître votre taux marginal ? Rencontrons-nous : raphael.battu@maretraite.ch).

L’erreur à ne pas commettre !

Une erreur à faire serait de racheter sur une seule année sa caisse de pension. Si je reprends l’exemple de notre salarié de 40 ans qui peut racheter 243’500.-, en le faisant sur une seule année, il économisera 25’811.-. Cela n’est pas judicieux car il économisera « seulement » ce montant de 25’811.- correspondant à 10.6% du rachat (25’811/243’500).

Il vaudrait mieux pour lui étaler son rachat sur 20 ans en épargnant 12’175.- chaque année et ainsi économiser 2’654.- d’impôts par an. Cette économie correspond à 21.8% de rabais fiscal et forme après 20 ans 53’080.- soit deux fois plus !

Ceci est d’autant plus vrai que son taux d’impôt devrait grimper au fur et à mesure que son revenu augmente dans le temps.

Avant de procéder à un rachat, souvenez-vous qu’une fois que l’argent est « mis » dans votre caisse de pension, son retrait sera restreint aux cas suivants : la retraite légale (homme 65 ans, femmes 64 ans) ou cinq ans avant, l’achat de votre résidence principale, le remboursement de votre dette hypothécaire, des travaux dans la maison, un départ définitif à l’étranger ou encore pour vous mettre à votre compte comme indépendant.

Si vous souhaitez plus d’informations et une explication illustrée par trois cas pratiques, je vous renvoie ici à mon article sur le rachat de la caisse de pension.

Le capital de 2e pilier peut donc être utilisé pour financer sa résidence principale. Voyons cela.

Utiliser sa caisse de pension pour acheter sa résidence principale… et plus

Acheter la maison de ses rêves est le souhait de nombreuses personnes en Suisse. Toutefois, les prix sont très élevés et le niveau de fonds propres exigé peut vite se révéler un handicap.

Les établissements financiers demandent un apport minimum en fonds propres de 20% du prix d’acquisition auquel il faudra ajouter les taxes diverses – les fameux frais de notaire – pour environ 5% du prix d’acquisition.

Le deuxième pilier représentant une part importante du patrimoine pour beaucoup de Suisses, les fonds propres des nouveaux acquéreurs ont été financés pendant de nombreuses années par un retrait total ou partiel de leurs caisses de pension. Seuls les 5% de taxes étaient financés avec des liquidités.

La règle des 10%

Dans un environnement de prix haussier et de taux d’emprunt bas, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a introduit à l’été 2012 une règle fixant à 10% la part de fonds propres NE POUVANT VENIR de la caisse de pension – que ce soit un nantissement ou une sortie de fonds.

Pour faire simple, vous devez financer en liquide ou/et en 3e pilier au moins 10% de votre achat. Le reste de vos fonds propres peuvent venir de votre caisse de pension.

Cette règle a été introduite pour limiter la faillite des acquéreurs en cas de variation des deux facteurs principaux régissant le marché immobilier : 1. les prix de l’immobilier fluctuent dans le temps et une baisse de ces derniers pourrait entraîner une perte des fonds propres (et donc des avoirs de retraite) mettant en danger financier les propriétaires tant à la retraite qu’au moment de la baisse du marché (les prêteurs pouvant exiger un remboursement pour combler la différence de prix) et 2. grâce aux taux d’emprunt bas, une part plus importante de la population a pu devenir propriétaire. Si les taux remontaient, une partie d’entre eux pourrait se trouver en difficulté pour traiter leur dette.

Attention, il ne faut pas mal interpréter la règle : je vois trop souvent des acheteurs qui pensent ne pas pouvoir utiliser plus de 10% de leur deuxième pilier ou qui croient devoir limiter leur retrait à 10% du prix d’acquisition. Si vous souhaitez par exemple investir 50% de fonds propres, vous pouvez tout à fait mettre 10% en provenance de vos liquidités et 40% en provenance de votre caisse de pension. Vous pouvez aussi vider totalement votre caisse de pension.

Ce dernier choix ne serait généralement pas judicieux à 45 ans, mais à l’âge de 30 ans, son impact sur la retraite future reste limité.

Et les jeunes dans tout ça ?

Les jeunes générations pourraient légitimement critiquer cette règle dont l’absence pendant de nombreuses années a permis aux générations précédentes de devenir propriétaire sans épargner « plus » que le minimum légal via la caisse de pension. Ajouté à l’explosion des prix dans l’ancien sur les deux dernières décennies, il devient clairement très compliqué de devenir propriétaire pour les jeunes générations, sauf à hériter d’un bien familial.

Rembourser la dette de sa résidence principale et y faire des travaux grâce au deuxième pilier

Notez que vous pouvez également utiliser votre deuxième pilier pour rembourser totalement ou partiellement la dette de votre résidence principale. Il faut bien évidemment rester dans le cadre des 10% de fonds propres en liquide et/ou en 3e pilier.

Une seconde règle édictée en 2014, toujours par la FINMA, impose de diminuer la dette aux 2/3 du prix d’acquisition 15 ans après l’achat et au plus tard à la retraite.

Vous pouvez aussi financer des travaux avec votre caisse de pension. Seuls des travaux à plus-value seront acceptés par votre caisse. Un conseil ici – à condition que vous ayez suffisamment de temps d’ici à la retraite et que votre dette reste raisonnable au regard de votre situation globale – pourrait être de combiner un emprunt bancaire (en augmentant votre dette globale) à un retrait ou à un nantissement de votre caisse de pension.

Une plus-value est l’ajout d’un élément par rapport à l’existant. Par exemple : vous avez du simple vitrage et vous souhaitez financer du double ou triple vitrage. Le montant équivalent au remplacement du simple vitrage devra être pris en charge par des liquidités (éventuellement la banque, si elle est d’accord) puis le surcoût lié à la pose du double ou triple vitrage pourrait venir de votre deuxième pilier. A savoir que la règle sur la plus-value vaut aussi pour le troisième pilier.

Une mise en garde

Si vous prévoyez de grands travaux afin d’avoir une maison « comme neuve » et sans souci en vue de votre retraite, planifiez cette dernière correctement et suffisamment tôt avant de ponctionner votre caisse de pension. En effet, moins vous aurez de capital à la retraite dans votre deuxième pilier, moins vous aurez de rente et votre faisabilité bancaire pourrait en pâtir drastiquement. Ainsi et afin de maintenir votre dette à la retraite, vous pourriez être obligé de rembourser plus de dette que ce que vous aviez imaginé. En l’absence de réserves de liquidités suffisantes, vous pourriez dire au revoir à votre résidence principale.

Il peut être utile de se faire conseiller !

Un cas pratique pour combiner rabais d’impôts et achat de sa résidence principale

Prenons le cas de notre famille cité plus haut. Ils ont 40 ans, deux enfants et vivent à Lausanne. Mettons qu’ils souhaitent acheter leur résidence principale d’ici à dix ans.

Ils imaginent financer leur maison par un mix regroupant des liquidités, du 3e pilier et du 2e pilier.

Notre salarié dispose d’un rachat maximum possible de 243’500.- au sein de sa caisse de pension et il souhaite s’en servir en partie afin de construire ses fonds propres et pour réaliser un gain fiscal sur les prochaines années.

Notre famille est prête à épargner 20’000.- par année. Ce montant leur procurera environ 5’460.- d’économie d’impôt annuelle, augmentant d’autant leur capacité d’épargne !

Ils se limiteront à un rachat annuel pendant les sept prochaines années. En effet, une règle fiscale ne permet pas de racheter les trois dernières années précédant un retrait. Cela est assimilé par le fisc à une évasion fiscale.

Au bout des 10 ans, ils auront accumulé 167’459.- de capital (intérêts moyen de 3% annuel compris) dans le deuxième pilier et auront économisé 38’220.- d’impôts.

Ils payeront un impôt de sortie sur le capital d’environ 12’900.- leur laissant un montant net de 154’559.-.

Vous pouvez suivre le même type de schéma avec la planification de vos travaux ou le remboursement de votre dette hypothécaire. En bonus, vous pourrez déduire fiscalement le montant des travaux d’entretien de votre revenu. Les plus-values sont quant à elles déduites de votre gain immobilier lors de la vente de l’immeuble.

En conclusion

Bien que le but principal du deuxième pilier soit de financer la retraite, vous pouvez, selon vos objectifs et la phase de vie que vous traversez, vous en servir aussi bien pour économiser des impôts que pour construire votre patrimoine immobilier ou financier. In fine, vous récupérerez votre capital ou votre rente au plus tard à la retraite.

Il serait dommage d’oublier votre deuxième pilier, comme beaucoup de gens, et de ne pas s’en servir avant vos 64/65 ans !

La semaine prochaine, nous verrons que le baby boom et les taux négatifs pèsent sur le deuxième pilier. Nous aborderons les probables limites que subira la prévoyance professionnelle à l’avenir. Cela nous permettra de discuter du troisième pilier.

Si l’un de vos collègues, amis ou membre de votre famille vous bassine avec l’achat de sa résidence principale ou vous questionne sans cesse sur comment économiser des impôts grâce au rachat du deuxième pilier, partagez lui cet article ! Vous gagnerez du temps et lui rendrez un chouette service 😉

Retraite suisse – caisse de pension : bien choisir son employeur – Épisode 4

Choisir un nouvel employeur n’ai jamais évident. Outre le salaire, la caisse de pension est un sérieux élément à considérer.

Lors du dernier épisode, nous avons abordé l’histoire et le but du deuxième pilier. Voyons aujourd’hui comment vous financez votre caisse de pension et quels éléments vous devez évaluer pour choisir un nouvel employeur. Au delà du salaire, il convient de demander le niveau des prestations offertes via le deuxième pilier. Nous étudierons cela à travers un cas pratique.

Qu’est-ce qu’une caisse de pension et comment est financé mon deuxième pilier ?

Une caisse de pension est une épargne, qui est placée jusqu’à la retraite afin de produire des intérêts. Une fois à la retraite, nous récupérons une rente mensuelle ou ledit capital. Il est également possible d’obtenir un mix rente – capital en fonction du cas de chacun. Pour vous éclairer sur le bon choix à faire entre la rente et le capital, je vous invite à lire ici un article sur ce sujet.

Les caisses de pension utilisent donc le système de capitalisation : vous et votre employeur épargnez un pourcentage de votre salaire chaque mois afin de former le capital. Ce système est à opposer au système par répartition de l’AVS (vous trouvez ici l’épisode 1 sur l’AVS).

Pour la partie couvrant les risques du décès et de l’invalidité – qui mériterait un article séparé – un coût d’assurance en pourcentage du salaire est également prélevé chaque mois.

Le salaire assuré dans votre caisse de pension

La LPP fixe un plancher et un plafond de salaire assuré. Evitons de nous noyer sous trop de chiffres mais disons simplement que si vous êtes assuré au minimum légal, vous n’épargnez pas sur les premiers 21’330.- de votre revenu annuel et sur tout ce qui dépasse les 85’320.- annuel. Si votre salaire dépasse les 85’320.- par an, votre salaire assuré est au minimum de 60’435.-, ce qui correspond au « salaire coordonné LPP maximum ».

Ces barrières sont dans la loi, mais votre employeur peut tout à fait ne pas les « respecter » et vous couvrir mieux que la loi – pas moins bien. 😉 Il pourrait par exemple vous couvrir sur les 100% de votre salaire. Evidemment, cela a un coût pour l’entreprise qui vous emploie, puisque cette épargne est une dépense qui s’ajoute à l’ensemble de ses charges sociales.

Notez toutefois qu’il existe dans le deuxième pilier un salaire plafond assurable de 853’200.- par année. Si vous êtes responsable d’entreprise, profession libérale ou indépendant, et que vous souhaitez optimiser vos impôts, ou réfléchir à une planification financière efficace, contactez-moi : raphael.battu@maretraite.ch

Le taux d’épargne de votre caisse de pension

Un second élément à considérer est le taux d’épargne prélevé sur votre « salaire assuré », appelé taux de bonification. Lui aussi est encadré par la loi. Il commence à 7% du salaire assuré entre 25 ans et 34 ans puis monte par tranche de 10 ans pour atteindre 18% entre 55 ans et la retraite. Ce taux est généralement réparti par moitié entre vous et votre employeur. Toutefois, ce dernier peut en supporter une plus grande proportion (les deux tiers par exemple). Notez également qu’ici aussi, votre employeur peut faire mieux que la loi avec des taux de prélèvement supérieur.

Le rendement de votre caisse de pension

Pour conclure sur la réglementation, sachez que le capital (votre épargne) est rémunéré au taux ridicule minimum de 1% par an depuis 2017. Ici aussi, votre caisse de pension peut faire mieux que la loi. Le rendement qui vous est versé par la caisse dépend de sa capacité à gérer correctement les avoirs de ses pensionnés au fil des années, du niveau des réserves et aussi de la structure d’âge de la caisse (rapport entre les jeunes, les plus âgés, les pensionnés et les travailleurs).

En cas de nouvelle embauche, ce « package caisse de pension » est à considérer sérieusement et au vu du nombre de données à considérer, se faire assister par un conseiller financier pour ces questions peut toujours être utile – Contactez moi : raphael.battu@maretraite.ch

J’ai rien compris ! Un exemple pour étayer mes propos 🙂

Un salarié de 30 ans gagne 85’320.- par an. Il est assuré au minimum légal. Ainsi son « salaire assuré » se monte à 60’435.-. La bonification de retraite (le montant d’épargne) qui rejoint sa caisse de pension est fixé à 7% soit 4’230.45 par année. Une moitié est prélevée de son salaire brut alors que l’autre moitié est versée par son employeur. Cette épargne rejoint son capital retraite accumulé de par exemple 20’000.-. Ces 20’000.- sont rémunérés à 1% donnant, à la fin de l’année, 200.- d’intérêts. Le salarié de notre exemple se retrouve à la fin de l’année avec 24’430.45 (20’000.- existants + 4’230.45 nouveaux + 200.- d’intérêts).

Un cas pratique : comparons deux postes de travail, dans deux entreprises offrants une caisse de pension différente

Réalisons maintenant un cas pratique : un(e) salarié(e) de 40 ans compare un poste de manager pour un salaire de 150’000.- annuel dans deux entreprises différentes proposant des plans de pension différents.

Entreprise 1 :

Le salaire assuré en deuxième pilier est limité à la loi et s’élève à 60’435.-. La bonification de vieillesse (taux d’épargne) est également fixée au minimum légal de 10% annuel. Le rendement de la caisse est au minimum légal de 1% par an.

Entreprise 2 :

Hormis le salaire qui est identique, cette entreprise propose des prestations sensiblement meilleures, c’est à dire offrant mieux que la loi. Le revenu est assuré à 100% (pas de limite inférieure et supérieure), la bonification vieillesse est de 17% et nous pouvons observer que le rendement moyen des avoirs est de 3% annuel depuis 5 ans.

Comparaison après cinq ans de travail : en travaillant pour l’entreprise 1, notre salarié récupérera de sa caisse de pension 34’728.- alors qu’il pourrait s’attendre dans l’entreprise 2 à un montant épargné de 178’141.- soit plus de 5 fois plus !

Sur une vie de travail ? Je me suis « amusé » à calculer la différence de capital et de revenu que cela peut produire sur 45 ans de labeur entre être assuré au minimum légal versus obtenir d’excellentes conditions salariales. Le capital dans l’entreprise 1 se monte à 65 ans à 368’913.- contre 2’051’646.- pour l’entreprise 2, soit 5,6 fois plus dans l’entreprise 2. Quant aux rentes de retraite, elles sont respectivement de 25’086.- et 112’841.-.

Dans le tableau ci-dessous, vous trouvez le détail des calculs.

Vous pourrez aussi me rétorquer que la différence s’amenuise si l’on considère l’ensemble des revenus versés à court terme. Effectivement, dans le poste 1, votre revenu net, c’est à dire versé sur votre compte, sera plus élevé que dans le poste 2 puisque la cotisation allant dans la LPP est plus faible. Mais le jeu des intérêts composés et les gains fiscaux limitent à terme cette différence.

Un financement de la caisse de pension avec une asymétrie en votre faveur (2/3 financé par l’employeur et 1/3 financé par l’employé) est aussi un élément à prendre en compte.

Et pour conclure ?

Il semble évident que lors du choix d’un nouveau poste de travail, il faut être attentif aux avantages sociaux offerts à travers la caisse de pension. Ces avantages font partie intégrante du revenu. A poste égal, un salaire plus bas avec une caisse de pension plus avantageuse peut se révéler le bon choix.

Nous verrons la semaine prochaine les défis que posent aux caisses de pension les taux négatifs, l’allongement de la durée de vie et des considérations liées au baby-boom. Dans un second temps, vous trouverez des éléments pour vous aider à diminuer vos impôts ou à acheter votre résidence principale grâce à votre deuxième pilier.

Un de vos collègues cherche un emploi ? Partagez-lui cet article ! Vous pourriez l’aider à faire le bon choix.

Retraite suisse : histoire et but du deuxième pilier – Épisode 3

Histoire et but du deuxième pilier : salariés et chefs d’entreprises, nous parlons de votre patrimoine

Dans les deux derniers épisodes sur la prévoyance retraite suisse et les trois piliers, nous avons abordé principalement le premier pilier à travers l’AVS.

Vous pouvez consulter l’article sur le mode de financement de l’AVS et le mur du papy boom ici et celui sur l’aspect pratique de votre AVS ici.

Pour rappel, à travers le système de répartition de l’AVS conçu en 1948, les travailleurs actifs financent les rentes des retraités actuels. Nous constations que dans les prochaines années, au fur et à mesure que la génération du baby boom passera à la retraite, nous rencontrerons un déficit important des cotisations et donc une impossibilité de verser les rentes de retraites correspondantes.

Nous allons discuter dans les prochains épisodes du deuxième pilier, de son histoire, de son utilité, de son financement, des problèmes qu’il rencontre et surtout de comment vous pouvez vous en servir pour améliorer votre retraite ou le financement de votre résidence principale.

Avant de continuer, il est très important à mon sens de se souvenir que votre deuxième pilier fait partie de votre patrimoine et que pour la majorité des Suisses, il en constitue la plus grande partie.

Une brève histoire du deuxième pilier

En rédigeant cette partie sur l’histoire du deuxième pilier, je fus très surpris de constater que les premières caisses de pension ont été fondées – dès le 19e siècle – pour les policiers, le personnel enseignant ainsi que pour les employés communaux et cantonaux. C’est à dire les fonctionnaires.

En toute franchise, et au vu des débats politiques sur les réformes de retraite, je m’attendais à une création d’origine privée. J’avais bien en mémoire qu’avec l’explosion du chemin de fer et du travail hallucinant de Alfred Escher, les employés et les ouvriers du rail bénéficiaient des caisses de pension parmi les plus importantes du pays, mais je croyais que les premières caisses de pensions venaient majoritairement des entreprises privées. Ce n’est donc pas le cas.

C’est au cours de la Première Guerre mondiale que le nombre de caisses de pensions va croître considérablement. Ce développement fait suite à une exonération sur l’impôt fédéral sur les bénéfices de guerre (ancêtre de l’impôt fédéral direct) pour l’ensemble des versements réalisés par les entreprises dans leurs institutions de prévoyance.

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, les employés de la Confédération, les entreprises de transport, les banques, les assurances et les grandes entreprises de l’industrie des machines feront bénéficier leurs employés d’une prévoyance vieillesse complémentaire à l’AVS.

Instaurer une caisse de pension sert aussi un but politique

Il existe une utilité politique à « offrir » une caisse de pension à son personnel. Dans le monde privé, les caisses de pensions permettent aux entreprises de stabiliser et de fidéliser leur main d’œuvre alors que dans le secteur public, elles permettent de s’assurer la loyauté des fonctionnaires et limitent les tentatives de corruption.

A partir des années 1920, le nombre de caisses ne va cesser de croître jusqu’à la mise en place de la Loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP) en 1985. Dès cette période, le nombre de caisses décroit drastiquement et se rationalise, passant de 17’000 institutions en 1978 à 2’191 en 2011.

Dans le même temps, le nombre de salariés au bénéfice d’une caisse de pension passe de 15% en 1941 à plus de 45% au début des années 1970, pour s’établir actuellement à près de 80% de la population active des secteurs secondaire et tertiaire.

1972 : les trois piliers dans la Constitution

C’est en 1972 que le peuple choisi à 75% (encore un score présidentiel algérien 🙂 ) d’inscrire dans la Constitution fédérale le principe des « trois piliers » avec l’instauration de la prévoyance professionnelle obligatoire (2e pilier) et de l’épargne individuelle (3e pilier).

Ce système de retraite est né sous la forme d’un contre-projet à l’initiative populaire « Pour une véritable retraite populaire » du Parti suisse du travail qui souhaitait que l’État, à travers l’AVS, couvre 60% du revenu des salariés. Les caisses de pensions auraient alors été dissoutes et intégrées au nouveau système de prévoyance étatique.

Le contre-projet, qui fut soutenu par les partis bourgeois, les organisations de l’économie, les assureurs privés, le Parti socialiste et les syndicats, créait donc la prévoyance vieillesse telle que nous la connaissons aujourd’hui.

La prévoyance professionnelle deviendra obligatoire dès 1985.

Si une passion naît en vous et que vous souhaitez approfondir vos connaissances de la prévoyance retraite, vous pouvez consulter ici le site de l’Office fédéral des assurances sociales qui m’a beaucoup aidé.

Voyons maintenant un peu plus en détails son but et son fonctionnement.

Pourquoi le deuxième pilier ?

Avant de détailler le fonctionnement du deuxième pilier, parlons en quelques mots de son but.

Il a été conçu dans l’optique de permettre aux retraités de conserver leur « niveau de vie antérieur ». Combiné avec l’AVS – qui doit couvrir les besoins vitaux – la pension complète doit théoriquement s’élever à 60% du dernier revenu.

Notons que ceci est vrai jusqu’à un certain niveau de salaire. Au delà de CHF 90’000.- de revenu annuel brut, ce n’est plus le cas.

Par exemple, un employé dont la rémunération est de 150’000.- par an et qui est assuré au minimum légal LPP touchera à la retraite environ 30% de son dernier revenu entre l’AVS et le deuxième pilier. Il est donc très important de prendre connaissance de son niveau de couverture et ce bien des années avant de prendre sa retraite afin d’adapter sa situation en conséquence.

Précisons, à toute fin utile, que la condition d’octroi des 60% ne sera pas non plus remplie si vous avez des lacunes dans vos cotisations AVS ou dans le deuxième pilier. Enfin, cotiser dans une « mauvaise » caisse de pension réduirait aussi la qualité de vie à la retraite.

Renseignez-vous, renseignez-vous, renseignez-vous…

Ici, je vous invite à prendre connaissance des conditions d’assurance que votre employeur a mises en place pour vous et vos collègues. Si les conditions ne sont pas intéressantes, ouvrez le dialogue avec la direction. Cela peut en valoir la peine. Un salarié doit être nommé comme représentant de ses collègues pour les questions traitant du deuxième pilier. Vous pouvez vous tourner vers lui pour vous informer de vos conditions de couverture et éventuellement « faire bouger » les lignes.

Si vous êtes indépendant ou chef d’entreprise, pensez à réviser le choix que vous avez fait à la création de votre entreprise ! S’il est évident qu’une prévoyance à minima permet de limiter les coûts au début d’un projet, je rencontre trop souvent des dirigeants qui n’ont pas révisé leur plan de retraite une fois que leur société a atteint son rythme de croisière. Sans forcément changer de caisse, vous pouvez améliorer simplement vos couvertures et votre niveau d’épargne. Gardez en tête que votre caisse de pension est un outil massue pour réduire vos impôts ! Et que vous pouvez la coupler au financement de votre résidence principale.

Nous verrons dans les prochains articles comment est financé votre deuxième pilier, les défis qu’il rencontre, comment vous pouvez vous en servir pour réduire vos impôts et quel lien vous pouvez faire entre votre deuxième pilier et votre résidence principale.

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