Volatilité : les marchés tanguent. Comment l’appréhender ?

Appréhendez au mieux la volatilité de votre portefeuille. Faites-en votre amie plutôt que de la subir et saisissez les opportunités qu’elle vous offre.

Depuis la fin des années 1950, la finance moderne évalue les marchés (en particulier les actions) en mesurant le rapport entre le rendement attendu et le niveau de risque pris. Est sous-entendu ici que plus vous augmentez votre niveau de risque, plus vous pouvez vous attendre à un rendement élevé. Le risque est défini par la volatilité du titre que vous visez puis est remis en perspective avec les autres titres : ceux de votre portefeuille ou ceux que vous pourriez acheter sur le marché (bourse). C’est pourtant le fait qu’un titre ou qu’un marché tangue qui crée l’opportunité d’acheter à bon compte et qui permet de dégager un bon rendement à long terme.

Je ne vous cache pas que je lutte à simplifier ces notions d’espérance, de rendement et de volatilité. Ne partez pas ! je vais vous fournir quelques dessins et graphiques explicatifs d’ici quelques lignes. 🙂

J’aimerais vous montrer dans cet article comment vous pouvez appréhender et vous servir de la volatilité plutôt que la subir. Les marchés sont volatils. C’est un gros avantage pour l’investisseur de long terme patient, prudent et résilient, pour qui les mouvements à court terme, même s’ils peuvent parfois être forts, ne sont qu’une étape dans la vie d’un portefeuille. Cette étape pouvant même offrir une opportunité.

Si vous avez compris qu’une grosse partie du risque était définie par notre psychologie, vous avez fait déjà l’essentiel du chemin 😉

La volatilité c’est quoi ?

La volatilité représente l’ampleur des variations du cours d’un actif financier. De manière synthétique, c’est la différence pour un actif entre les cours les plus hauts et les cours les plus bas par rapport à sa valeur moyenne dans le temps. Elle se mesure en pourcent.

Étude de la banque Pictet. Actions et obligations suisses. L’indice des prix correspond à l’inflation (perte du pouvoir d’achat).

Dans le graphique ci-dessus, vous pouvez observer les actions suisses et les obligations libellées en francs suisses sur la période comprise entre 1926 et 2018.

Le rendement moyen des actions suisses est de 9.50% avec une volatilité supérieure à 20%. S’il n’y avait pas de fluctuation (volatilité), nous aurions une courbe bien lisse. A la place, nous observons une courbe en forme de montagne russe (ou suisse 🙂 ) affichant des fluctuations de cours compris la plupart du temps entre +29.50% et -10.50%. Ces variations sont dues au « jeu » de l’offre et de la demande.

Tout comme nos propres vies ne peuvent être linéaires, un portefeuille ou un patrimoine ne peut être une ligne droite. Nous trouvons ici l’ambiguïté de l’investisseur qui cherche à investir sans risque ou sans volatilité. Si vous voulez « investir » sans volatilité (et donc sans opportunité), vous pourriez garder votre patrimoine en liquide (francs suisses, dollars, euros…) avec malheureusement la certitude de perdre chaque année l’inflation, les impôts et les frais.

Pourquoi investir malgré la volatilité ?

Sur le même graphique, vous pouvez voir la ligne « indices des prix », qui représente la baisse du pouvoir d’achat de la monnaie. Autrement dit, le pouvoir d’achat d’un billet de 100.- en 1926 vaut aujourd’hui 16.- de pouvoir d’achat. Notre billet de banque (ou son équivalent stocké sur un compte salaire) a perdu 84% de sa valeur. C’est le résultat de l’inflation. Ajoutez les impôts et les frais, et vous êtes proche de la valeur 0.

Sur la même période (1926-2018), les actions ont rapporté 150 fois plus que les liquidités et les obligations (beaucoup moins volatiles) 7.8 fois plus.

Conserver son pouvoir d’achat est donc la première raison de l’investissement. Investir est à mon sens le seul moyen de combattre l’inflation. Ainsi nous avons deux choix : refuser la volatilité et subir la perte régulière du pouvoir d’achat ou investir en acceptant une certaine volatilité qu’il est toutefois aisé de relativiser grâce au temps.

Les effets de la volatilité sur votre épargne

Afin de comprendre l’effet de la volatilité sur votre épargne, je vous propose une série de quatre graphiques.

Investissement d’un montant unique

Supposons que vous investissiez un montant unique de 100’000.- en l’an 1 sur une période de 25 ans. Mettons que l’ensemble des fruits de votre placement soit systématiquement réinvesti pour permettre de former des intérêts composés (les intérêts de l’an 1 sont réinvestis et portent intérêts à leur tour l’année 2 et ainsi de suite, année après année).

Dans le premier graphique ci-dessous, vous pouvez voir le « monde idéal » que nous cherchons à atteindre : un rendement continu de x% par an offrant une jolie courbe exponentielle, l’exponentielle étant formée par les intérêts composés. Dans le graphique, nous illustrons ce cas avec deux courbes : la première (verte) offre un rendement de 5% annuel et la seconde (bleu) un rendement de 10% annuel.

Premier graphique : investissement unique de CHF 100’000.-

Ce monde « sans risque » est idéal mais n’existe pas. Il faut compter avec les soubresauts de la vie économique et financière, appelée ici la volatilité.

Pour notre exemple, vous pouvez voir l’influence d’une volatilité de 10% sur la belle courbe exponentielle évoquée ci-dessus.

Deuxième graphique : volatilité appliquée sur un investissement unique de CHF 100’000.-

Quels enseignements pouvons-nous tirer à ce stade ?

D’abord, voyez que la volatilité de mon exemple est très régulière et pas du tout aléatoire comme elle peut l’être dans la vrai vie. Ensuite, elle est de 10% alors que nous avons vu précédemment que la volatilité des actions suisse est supérieure au double en s’établissant à 20%. Enfin, il n’y a pas d’années très négatives (2008 a vu les actions suisses reculer de 35% par exemple).

Toutefois, 10% de volatilité sur un patrimoine diversifié en classes d’actifs (pas que des actions dans le portefeuille) me semble une moyenne assez cohérente/représentative de la réalité/conforme à ce qu’on observe généralement.

L’enseignement principal de ces illustrations est que même avec une performance strictement positive, vous pouvez voir une performance de 0% à un moment donné et ce même après la cinquième année. Évidemment avec une année offrant un rendement inférieur à -10% (année du type de 2001, 2002, 2008 ou encore 2018) votre placement pourrait encore être négatif après cinq-six ans, à l’inverse d’un « run » positif comme entre 2003 et 2007.

Même exemple avec un investissement mensuel

Faisons le même exercice avec un investissement périodique. Imaginons un plan d’épargne mensuel de 2’000.- par mois réalisé sur 25 ans.

Vous pouvez vous rendre compte sur les deux graphiques ci-dessous, dont les rendements supposés sont identiques aux graphiques précédents, qu’il faut attendre près de 10 ans avant de voir réellement les deux courbes se séparer (d’un côté votre investissement, de l’autre votre investissement additionné du rendement).

Je ferai la même remarque que précédemment : la volatilité dans cet exemple est basse, régulière et il n’y a pas d’année record à la hausse ou à la baisse.

Troisième graphique : investissement périodique (mensuel) de CHF 2’000.-
Quatrième graphique : volatilité appliquée sur un investissement périodique (mensuel) de CHF 2’000.-

Le temps limite le risque

Les mathématiques de la volatilité nous montrent clairement qu’il faut du temps pour construire un patrimoine. Comme je l’écrivais dans cet article, seul le temps permet de construire un patrimoine résilient.

En complément, vous pouvez également trouver, dans cette étude sur les actions suisses, que depuis 1926, 89 périodes de dix ans d’investissement sur 92 offrent un rendement positif et seulement 3 périodes un rendement négatif. Passé 15 ans d’investissement, toutes les périodes sont positives ! Cela va dans le sens de nos exemples précédents.

Enfin, n’oubliez pas dans votre réflexion que les frais liés à votre investissement (les frais d’entrée, de modification, de suivi, de sortie etc.) peuvent vous faire « perdre » deux à trois années de rendements et ce surtout si les années où vous commencez à investir sont moyennes ou mauvaises.

En conclusion

Ne pas investir vous fait perdre du temps et de l’argent. Cela donne l’illusion tranquille d’avoir une belle ligne droite « sans risque ». C’est tout le contraire. Refuser la volatilité vous fait perdre du pouvoir d’achat inexorablement, année après année. A contrario, investir rendra votre épargne vivante et si vous êtes patient et tenace, cela lui évitera de se faire grignoter à long terme par l’inflation.

Je ne peux m’empêcher de citer à nouveau Warren Buffett :

” Aujourd’hui les gens qui détiennent du cash ou l’équivalent se sentent en sécurité. Ils ne devraient pas. Ils ont choisi le pire actif possible à long terme. Un qui ne paie rien et qui est certain de perdre de la valeur avec le temps. “

Warren Buffett

Mettez vos objectifs personnels en lien avec vos horizons de temps. Constituez une réserve de liquidités suffisante. Elle doit vous permettre de faire face aux aléas de la vie sans avoir à piocher à court terme dans vos investissements.

Gagner son indépendance financière n’est pas toujours évident, c’est pourquoi se faire conseiller dans la construction de son patrimoine peut être générateur de gain de temps et de profit. En réfléchissant et en clarifiant vos objectifs de vie, il sera finalement assez simple de construire un patrimoine résilient qui vous permettra d’atteindre votre indépendance financière.

Vous avez aimé cette série d’article sur l’indépendance financière ? Avez-vous appris des choses ? Si c’est le cas, je vous demande une chose 😉 : partagez l’article de la série sur l’indépendance financière que vous avez préféré avec l’un(e) de vos ami(e)s, de vos collègues de travail, de vos partenaires de sport ou encore avec un membre de votre famille.

Vous trouvez ici les liens pour l’épisode 1 : Qu’est-ce que l’indépendance financière ? L’épisode 2 : Comment construire votre patrimoine sûr et rentable. L’épisode 3 : Que mettre dans votre patrimoine ? et l’épisode 4 : comment gérer une crise. Le présent article sur la volatilité est le cinquième.

Baisse du marché : comment gérer une crise ?

«Gardez le calme dans la tempête et tenez fermement la barre» Guy Roux. Comme dans la vie, gérer correctement une crise vous permettra de tirer votre épingle du jeu.

Cet article aurait dû être le dernier de notre série sur l’indépendance financière ! Mais au vu de la quantité d’informations que je souhaite partager (et par manque de temps, il faut bien le reconnaître), je vais scinder la fin en deux posts. Je vous propose donc aujourd’hui de discuter des crises des marchés et de leurs incidences sur vos patrimoines. Nous verrons comment vous pouvez gérer une crise et comment tirer votre épingle du jeu avec quelques conseils distillés tout au long du présent papier.

Et promis, le prochain article parlera de la volatilité avec des graphiques de mon cru à l’appui. 🙂 Je vous souhaite une bonne lecture.

Nous sommes (presque) toujours en crise !

Selon Wikipedia, il y a eu 33 crises monétaires et financières depuis 1971 !

Sur les 47 dernières années, nous aurions donc passé près de 70% de notre temps en crise. D’ailleurs, si vous lisez ou regardez la presse, vous aurez l’impression que nous ne sommes pas en crise deux jours sur trois mais plutôt tous les jours ! C’est ce qui rend agaçant ce monde d’information en « continu » qui augmente, j’imagine, le niveau de stress général et les prises de décision trop rapides. Il est donc important de savoir gérer une crise.

En ce qui me concerne, je pratique depuis plusieurs années la « diète médiatique ». Cela me libère un temps important que je consacre à des recherches plus profondes et plus ciblées (livres, articles de fonds etc.). Je vous invite à essayer, l’effet est assez magique.

Nous sommes donc deux jours sur trois en crise, mais ces dernières ne nous concernent pas toutes. Pour nous, européens de l’ouest, la crise du rouble russe en 2014 ou celle de la livre turque en 2018 ont eu peu d’impact dans notre vie de tous les jours. Seuls certains commerçants en affaires avec ces pays ont pu bénéficier ou pâtir des mouvements monétaires du rouble et de la livre turque.

A contrario, nous avons tous subi à plus ou moins forte échelle la crise des subprimes de 2008. Certaines crises ont un effet local tandis que d’autres ont un effet global.

Une crise ? Quelle incidence ?

Je ne souhaite pas discuter dans ce billet de Smith, de Keynes, de Walras ou encore de Marx mais rester le plus « terre à terre » possible en vous donnant un éclairage sur les conséquences que peuvent avoir les crises économiques sur vos patrimoines et comment vous pourriez surmonter plus facilement un « passage à vide », voire comment vous pourriez en tirer profit.

Une rapide lecture (3 minutes maximum 😉 ) des principales théories économiques existantes pourrait toutefois vous apporter un plus.

Je définirai donc ainsi le terme de « crise » : une baisse de marché.

Une crise entraîne une baisse de valeur

L’un des points communs entre toutes les crises économiques est la baisse des marchés. Nous pouvons parler des marchés immobiliers (-40% en 1990 pour la Suisse), des matières premières (220% de hausse pour le pétrole entre 2003 et 2008), des obligations (-45% pour les bons du trésor américain entre 1977 et 1981), des actions suisses (-54% entre 2007 et 2009) etc.

En conscientisant ces chiffres, vous commencez déjà à gérer une crise.

Pour le côté émotionnel lié à la perte ou à la baisse de valeur, je vous renvoie à l’article dans lequel j’aborde la notion du risque sous son aspect psychologique.

Pour la suite de l’article, nous allons nous concentrer sur le marché des actions qui offre l’énorme avantage d’être coté en continu en plus d’être très liquide (contrairement à l’immobilier).

Une crise vous donne l’opportunité d’acheter bas

Lorsque qu’un marché baisse, vous avez l’opportunité d’acheter un actif à bas prix. Si vous êtes déjà investi, vous auriez l’occasion de baisser votre coût moyen d’acquisition en achetant à nouveau le même actif.

Un exemple très simple sur le prix moyen d’acquisition

Mettons que vous ayez achetés 1 titre de la société « géniale » à 100.- francs. Quelques mois plus tard, son cours baisse à 50.- malgré des fondamentaux inchangés (bénéfice, parts de marché etc.). Si vous jugez que l’opportunité reste intéressante, vous pourriez acheter 2 titres supplémentaires pour le même montant initial de 100.- et baisser ainsi votre prix moyen d’acquisition à 66.67 contre 100.- après le premier achat [(1 X 100.- + 2 X 50.-) / 3].

En procédant ainsi, vous seriez neutre après une hausse de « seulement » 33% (le cours passe de 50.- à 66.67) tandis qu’il faudrait une hausse de 100% pour retrouver l’équilibre sur le premier achat (50.- à 100.-).

Une baisse expliquée par un graphique

Le graphique ci-dessous présente un aperçu de la période 2000-2003, dans laquelle se sont enchaîné un ensemble d’événements négatifs : un ralentissement économique, l’éclatement de la « bulle internet », les attentats du 11 septembre, les guerres en Afghanistan (2001) puis en Irak (2003).

Indice américain Standard & Poor’s 500 (S&P 500) – réunissant les 500 plus grandes sociétés cotées sur les bourses aux Etats-Unis. Baisse de 48% entre le point le plus haut et le point le plus bas. Période 2000 – 2003.

Retenez que ce sont surtout le ralentissement économique (récession) et la hausse des taux d’emprunt qui font baisser les cours des bourses. Les marchés (bourses) étant gérés par des êtres humains émotionnels, les phénomènes qui accompagnent la récession sont des marqueurs supplémentaires qui augmentent l’intensité de la baisse et la nervosité des marchés (je vous renvoie à nouveau à cet article sur le risque et les émotions).

Tirer votre épingle du jeu

Benjamin Graham, père de l’investissement dans la valeur avec ses célèbres ouvrages Security analysis et L’investisseur intelligent, surnomme la bourse « Monsieur le Marché » et le nomme comme partenaire de l’investisseur. Ce partenaire sera tantôt euphorique (années 1928, 2000, 2007 etc.) et tantôt déprimé (1929, 2002 et 2008), ce qui permettra à l’investisseur que nous sommes de lui acheter (ou de compléter nos achats) à prix bas et de lui vendre nos titres à prix élevé.

Dans la plupart des marchés actions baissiers, et surtout s’ils sont violents, les entreprises en bonne santé voient aussi leurs prix chuter. C’est ici que vous pouvez tirer votre épingle du « jeu » en saisissant cette opportunité et en achetant ces titres « à bon compte ».

Apprendre à gérer une crise, c’est aussi être conscient que les marchés ne restent pas bas longtemps.

Oui, mais je n’ai pas de liquidités à investir puisque je suis déjà investi

Les périodes de hausse et de baisse sont aussi intéressantes pour pratiquer un rééquilibrage.

Selon une croyance bien établie, il faudrait avoir des liquidités prêtes à être investies pour pouvoir profiter d’une baisse de marché. Ce serait en effet idéal, mais c’est très rarement le cas. Aucun investisseur ne voit son patrimoine investi totalement en liquidités lors d’une chute des marchés. La majorité des investisseurs « long terme » n’ont qu’une partie de leurs portefeuilles en liquide et ils ne peuvent anticiper toutes les crises qui vont frapper l’économie.

A ma connaissance, seul Marty Mcfly pourrait avoir la chance de prédire l’avenir… 🙂

Cela dit, si votre patrimoine est asynchrone (s’il contient différentes classes d’actifs) ou s’il est suffisamment diversifié, vous pourriez vendre certains actifs hauts pour racheter certains actifs bas.

Par exemple en vendant des obligations pour acheter des actions ou en vendant des actions de grandes entreprises pour acheter des actions de petites et de moyennes entreprises (en général, en période de baisse, les grandes entreprises voient leur valeur diminuer moins fortement que les petites, ce qui vous donne l’opportunité d’arbitrer).

Augmenter votre épargne mensuelle ou annuelle pendant une période de crise est également une façon de vous différencier de la « foule » et de travailler à contre-courant. Il n’est pas évident d’aller à contre-courant, mais c’est une réelle façon de se distinguer sur le long terme.

Disclaimer

Attention toutefois à ne pas oublier de faire vos devoirs sur l’analyse approfondie de vos investissements et sur le maintien de la pertinence ou non de votre investissement. Votre conseiller financier est généralement de bon conseil et doit vous aider :), même si j’en ai vu certains recommander à leurs clients de vendre leurs portefeuilles fin 2008 et début 2009. Une histoire de pression psychologique, je vous dis…

Lors du prochain et – j’espère cette fois – dernier papier sur l’indépendance financière, nous parlerons de la volatilité. Je vous expliquerai pourquoi il faut du temps pour bâtir un patrimoine et montrerai que les espérances de rendement sont souvent déçues à court terme et réjouissantes à long terme. La volatilité y est pour beaucoup.

Au plaisir de lire vos commentaires sur cet article !

Le risque dans vos investissements sont vos émotions

Fait surprenant, le premier risque de vos investissements sont vos émotions. Savoir les gérer est primordiale !

Lorsque je demande à mes clients les éléments qui leur importent en priorité pour leurs investissements, ils me répondent souvent le risque et le rendement. Étant donné que nous avons abordé le rendement des classes d’actifs dans cet ici, je vous propose, pour compléter notre série sur l’indépendance financière, de discuter de la notion de risque qui, fait surprenant, a plus à voir avec les émotions qu’avec la rationalité.

Si vous avez lu les articles précédents, vous avez normalement compris que le temps et la discipline sont des éléments primordiaux dans la construction d’un patrimoine sûr et rentable. En recherchant un minimum de diversification dans vos actifs, vous construirez un patrimoine asynchrone, ce qui lui permettra d’affronter différents cycles économiques tout en limitant ses fluctuations de valeurs.

Un patrimoine asynchrone pourrait par exemple contenir 50% d’immobilier, 40% d’actions et 10% d’or physique. Voyons cela.

Faut-il vraiment diversifier ses investissements (et donc son risque) ?

Chaque actif (or, action, obligation, immobilier etc.) voit ses fluctuations de valeurs décorréler de celle des autres actifs qui composent votre patrimoine. Dans le graphique ci-dessous, vous pouvez observer trois courbes de rendement évoluer à des rythmes différents.

L’or est en noir, l’immobilier suisse est en bleu (un fonds du Crédit Suisse) et le SMI est en orange (20 principales actions suisses). Ces actifs n’évoluent pas au même rythme. C’est à dire qu’ils ne sont pas corrélés entre eux sur le long terme, même s’ils peuvent l’être sur des courtes périodes.

Evolution décorellée du SMI, de l’or et de l’immobilier suisse. Graphique extrait de Swissquote.

Ce graphique reflète bien l’effet que la diversification d’actifs peut apporter sur le risque global d’un portefeuille en limitant les pertes (et les gains). Mais selon votre propension à prendre des risques (et à espérer un rendement plus élevé), vous pourriez la juger inutile. En effet, il semble que le gain de sécurité obtenu par cette diversification n’est qu’une vue de l’esprit. La notion de risque liée à la perte et au gain potentiel est une affaire psychologique individuelle. Ainsi, votre aversion ou votre propension à prendre des risques différera de celle de votre voisin.

Prenons l’exemple de Warren Buffett, l’un des investisseurs contemporains les plus célèbres. Sa fortune est essentiellement composée d’entreprises (des actions) via la société dont il est actionnaire majoritaire Berkshire Hathaway. Son patrimoine est diversifié en entreprises (actions) mais pas en classe d’actifs à proprement parler. Autrement dit : lorsque les marchés actions subissent un « krach » comme en 1974, 1990, 1997, 2001, 2008 ou 2018 (!) son patrimoine subit la baisse du marché action sans aucun élément contrebalançant cette baisse.

L’appétit du risque

Quel rapport avec la propension au risque me direz-vous ? C’est que Warren Buffett voit ces baisses temporaires (pouvant quand même afficher jusqu’à -48.7% en 1974 !) comme des opportunités d’achats intéressantes offertes par le marché. Il a donc une propension au risque assez élevée. J’ajouterai qu’il est demandeur de marché baissier puisqu’il cherche à acquérir à bon compte des entreprises quelque peu délaissées par le marché (bourse).

Pour les curieux et en cliquant ici, vous arriverez sur le rapport financier 2018 de Berkshire Hathaway. Allez à la page 4 pour observer les performances du fonds de Warren Buffett (et Charles Munger, son associé) entre 1965 et 2018. Une performance moyenne annuelle de 20.5% entre 1965 et 2018 et de 12.2% sur les dix dernières années. Intéressant non ? 🙂

Notez toutefois que Berkshire Hathaway diversifie le nombre d’entreprises qui la composent. 15 entreprises forment près de 90% de la valeur totale du fonds (valeur de marché à fin 2018).

En d’autres termes là où beaucoup voient la fin de leur monde, d’autres voient des opportunités.

J’ai pris l’exemple de Warren Buffet mais il existe beaucoup d’investisseurs qui travaillent de la même façon, en concentrant leurs investissements : les investisseurs immobiliers (vous avez sans doute deux trois noms qui vous viennent en tête en Suisse romande), des personnes comme Jim Rogers pour les matières premières, Peter Lynch aussi pour les actions… Et pour faire encore plus « simple », vous trouvez tout autour de vous des entrepreneurs de petites et moyennes entreprises qui investissent dans leur propre société.

Donc la perception du risque semble être une affaire psychologique. Si vous ne le croyez pas, faisons ensemble un petit jeu avec des billets de loterie.

Le risque est aussi une histoire de probabilité – Jouons ensemble.

Avant de commencer, demandez aux personnes autour de vous de participer et de jouer avec vous (sans lire les réponses tout de suite !). Vous pourrez échanger entre vous sur votre propension et votre aversion au risque.

Premier jeu

Vous avez le choix entre deux billets de loterie pour une dizaine de francs :

  • Le billet 1 vous donne 100% de chance (probabilité) de gagner 2’500.- francs.
  • Tandis que le billet 2 vous donne :
    • 50% de chance de gagner 0.- franc et
    • 50% de chance de gagner 5’000.- francs.

Quel billet choisissez-vous ? Je vous laisse quelques secondes (sérieusement, prenez quelques secondes). Tic tac, tic tac…

Personnellement je choisis le billet 1. Mais si 2’500.- ne représentent pas grand chose pour vous ou si votre propension au risque (et à l’opportunité) est grande, vous aurez peut être choisi le billet 2.

Sachez juste que l’espérance de gain mathématique de ces deux billets est la même ! C’est à dire 2’500.-.

Pour les « non matheux », voici le résultat des opérations : 100% X 2’500.- = 50% X 0.- + 50% X 5’000.- = 2’500.-.

Et si ces billets valaient 2’400.-, auriez-vous répondu différemment ?

Deuxième jeu

Vous avez encore une fois le choix entre deux billets. 🙂

Le billet 1 vous offre :

  • 50% de chance de gagner 5’000.-
  • 50% de chance de gagner 15’000.-.

Le billet 2 vous offre :

  • 95% de chance de gagner 4’000.- francs
  • 5% de chance de gagner 125’000.-.

Prenez quelques secondes de réflexion. Quel billet préférez-vous avoir ?

Avez-vous résisté au chiffre de 125’000.- ou au contraire, vous avez sauté dessus ?

Le fait est que l’espérance mathématique du billet 1 est supérieure (10’000.-) à celle du billet 2 (9’800.-).

Et quelle aurait été votre réponse si ces billets valaient 5’000.- ?

Un troisième jeu, l’euro millions

Beaucoup d’entre vous (si si 🙂 ) jouent à l’Euro Millions.

Et une grande partie d’entre nous jouent plusieurs grilles. C’est pourtant inutile (et illusoire) car la probabilité de gagner le gros lot à l’euro millions avec une grille est de 1 chance sur 139’838’160.

Expliquez-moi s’il vous plaît à quoi il sert d’avoir 10 ou même 100 chances de plus (et donc d’acheter autant de grilles) de « gagner » avec une probabilité infinitésimale ? 🙂

Si vous vouliez augmenter vos chances à une sur cent (1%), vous pourriez acheter 1’500’000 grilles et dépenser plus de 5 millions de francs !

Notez que a probabilité de perte (gain inférieur à la mise) est de 92.29% et la probabilité de gain (gain supérieur à la mise) est de une sur treize (7.71%).

Par contre il est vrai qu’entre ne pas jouer (0 chance) et jouer (1 chance) cela peut faire la différence. Ceci n’est pas une incitation à jouer aux jeux de hasard…

Je vous dis que le risque est une affaire psychologique

Une lumière supplémentaire sur le risque est apportée dans de nombreuses études psychologiques. Robert Hagstrom, dans son excellent livre le portefeuille de Warren Buffett, en résume une partie que je cite ici :

Le portefeuille de Warren Buffett par Robert G. Hagstrom

L’aversion asymétrique aux pertes

« Selon de nombreuses expériences (notamment celles de Richard Thaler), la douleur provoquée par une perte est bien plus forte que le plaisir éprouvé par un gain. Les gens auraient besoin de deux fois plus d’expériences positives pour triompher d’une expérience négative. Sur un pari à 50/50, où les chances sont égales, la majorité des gens ne prendront aucun risque à moins d’avoir un potentiel de gain deux fois supérieur au potentiel de perte.

Cette constante est connue sous le nom d’aversion asymétrique aux pertes. Le risque négatif a un impact plus lourd que le risque positif, et c’est une composante fondamentale de la psychologie humaine. Dans le cadre de son application au marché boursier, cela veut dire que les gens se sentent deux fois plus mal quand ils perdent qu’ils ne se sentent bien quand ils gagnent.

(…) Cette aversion aux pertes rend les investisseurs bien trop conservateurs. Les détenteurs de plans de retraite par actions (équivalent de nos caisses de pension ndlr) dont l’horizon de temps s’étend sur des décennies, conservent tout de même jusqu’à 30% ou 40% de leur argent investi sur le marché obligataire. Pourquoi ? Seule une aversion pour le risque profondément enracinée en nous provoque une allocation de fonds aussi prudente. Mais l’aversion aux pertes peut vous toucher d’une façon beaucoup plus immédiate, en vous poussant à vous accrocher de façon irrationnelle à vos valeurs perdantes. Nul ne veut admettre avoir fait une erreur. Mais si vous ne vendez pas une erreur, vous abandonnez potentiellement le gain que vous auriez pu obtenir en investissant intelligemment.

La comptabilité mentale

(…) Un dernier aspect de la finance béhavioriste est ce que les psychologues ont coutume d’appeler la comptabilité mentale… Une situation simple illustrera le phénomène.

Imaginons que vous reveniez d’une soirée au cinéma avec votre épouse. Vous mettez la main à votre portefeuille pour payer la baby-sitter, et c’est alors que vous découvrez que le billet de 20 dollars que vous pensiez avoir n’y est plus. Donc, en raccompagnant la baby-sitter chez elle, vous vous arrêtez devant un distributeur de billets et retirez 20 dollars. Plus tard, vous retrouvez le billet de 20 dollars que vous aviez égaré dans la poche de votre blazer.

Si vous vous comportez comme la plupart des gens, vous réagirez en vous frottant les mains. Ces 20 dollars, c’est comme de l’argent gagné. Bien que ce billet-là et celui que vous avez remis à votre baby-sitter proviennent de votre compte bancaire, qu’ils représentent l’un et l’autre de l’argent que vous avez gagné à la sueur de votre front, ce billet retrouvé représente de l’argent que vous ne pensiez pas avoir, et cela vous donne le droit de le dépenser à des choses superficielles.

(…) De la même manière qu’un aimant puissant rassemble les pièces métalliques situées alentour, votre niveau de tolérance au risque rassemble tous les éléments de la psychologie de la finance. Les facteurs psychologiques sont abstraits ; et ils prennent une forme concrète dans les décisions que vous prenez au jour le jour à l’achat et à la vente. Et le fil conducteur commun à toutes ces décisions est la façon dont vous ressentez le risque. »

Fin de la citation.

Alors comment gérer ses émotions ?

Cette partie profondément humaine des « investissements » est passionnante et nous pourrions citer beaucoup d’études sur les biais psychologiques influant nos décisions d’investissement.

Nous pourrions aussi épiloguer sur l’égo qui peut à l’inverse de l’aversion au risque apporter un excès de confiance en soi sur la prise de décision et donc la prise de risque. Cela est davantage vrai en période « d’euphorie ».

Sur les deux dessins très explicites que je vous invite à voir ici, vous pouvez observer dans le premier le comportement standard des investisseurs qui achètent lorsque les marchés sont hauts et vendent lorsqu’ils sont bas alors qu’il faudrait idéalement faire l’inverse, comme vous pouvez le voir dans le second.

Ce fonctionnement très typique de la « foule », accentué par les médias et les ragots du café, peut nous donner une information intéressante sur le niveau d’euphorie ou de déprime des marchés et permettre de relativiser notre propre aversion ou propension au risque à un moment donné, ce qui nous permettra in fine de prendre des décisions adéquates.

Il est toutefois difficile de séparer nos émotions de celles de la « foule » et d’éviter l’effet moutonnier qui en découle.

Les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, grandissent dans le scepticisme, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie.

Sir John Templeton. Cette phrase résume parfaitement “l’esprit de la foule” et peut vous aider à situer où en est un marché.

Retenez surtout que ce sont nos propres tendances émotionnelles qui sont à fuir absolument.

Trop d’émotions ? Cherchez de la rationalité !

Il est toutefois possible d’empêcher en partie ses émotions de prendre le pas sur ses décisions d’investissement en introduisant des éléments de rationalité. Vous pourriez par exemple établir un profil d’investisseur permettant de clarifier certains points tels que :

  • être au clair sur ses objectifs de vie et les objectifs pour son patrimoine,
  • investir de manière automatique et systématique,
  • vous donner un horizon de temps cohérent avec vos objectifs et les risques historiques des actifs investis,
  • réfléchir en termes de probabilité,
  • couper vos pertes ou prendre vos gains à certains niveaux etc.

Votre conseiller financier doit pouvoir vous aider à mettre en place ces éléments pour que votre patrimoine vous permette d’atteindre vos objectifs de vie et votre indépendance financière.

Une autre recommandation Pour augmenter sa sécurité est de conserver en « liquide » quelques mois de salaires auxquels vous pouvez ajouter les dépenses planifiées des trois prochaines années (rachat chaudière, voiture…).

Enfin, vous pourriez gagner en sérénité et vous passer de profil d’investisseur si vous épargnez de manière systématique (un pourcent du salaire par exemple) et si vous n’investissiez qu’à long terme (à propos : fuyez le court terme).

Vous ne pouvez pas exercer de contrôle sur le marché. Vous devez essayer d’enclencher le pilote automatique de manière que vos émotions n’aient pas raison de vous.

Burton G. Malkiel

Lors d’un prochain article – et pour conclure cette série sur l’indépendance financière – j’aborderai la « réalité » des marchés et ce qu’implique la volatilité sur vos rendements.

Et vous ? Êtes-vous plutôt conservateur ou téméraire ? Voyez-vous d’autres biais psychologiques ou d’autres éléments rationnels pour éviter les prises de décision émotives ? Partagez les en commentaire 😉