Argent liquide, liberté et dystopie : La Servante écarlate

c’est comme repenser aux billets de banque quand ils existaient encore. Ma mère en avait gardé quelques-uns collés dans son album de souvenirs, avec les photos les plus anciennes. Ils n’avaient plus aucune valeur, on ne pouvait rien acheter avec. Des bouts de papier, assez épais, poisseux au toucher, de couleur verte, avec des images des deux côtés, un vieux bonhomme à perruque et, au verso, une pyramide avec un œil au sommet. Ils proclamaient, En Dieu, nous croyons. D’après ma mère, les commerçants plaçaient des panneaux à côté de leur caisse pour proclamer en guise de plaisanterie : En Dieu, nous croyons, tous les autres paient comptant. Aujourd’hui, ce serait un blasphème.

Depuis près de deux ans, nous vivons dans une société singulière où de nouvelles normes se sont mises en place. Des pouvoirs ont émergé ou se sont renforcés tandis que des libertés se sont vues limitées. Au fur et à mesure que la société se transforme, les états, les compagnies et les Hommes changent un grand nombre d’habitudes. Ces changements n’ont pas épargné l’usage de l’argent liquide. Facteur de liberté, nous pouvons nous questionner sur son avenir. La littérature dystopique présente des formes et des usages de l’argent intéressants et différents de nos pratiques actuelles.

La liberté est un droit qui se définit notamment par l’absence de contrainte (Gustave Berger). L’argent liquide – le cash, le flouse, le grisbi, le blé, le fric, l’oseille… – parce qu’anonyme offre la liberté d’agir suivant sa volonté. Si demain vous ne pouviez dépenser votre argent qu’après validation d’une autorité – quelle qu’elle soit – vous auriez une entrave dans vos libertés. La technologie permet à notre époque d’encadrer et de mettre en place une monnaie numérique « de surveillance ». Ce n’est pas de la science-fiction, voyez ici la volonté de la Chine.

L’argent liquide va-t-il disparaître ? Aurons-nous toujours la liberté de payer sans téléphone ou sans carte à l’avenir ? Ces questions me semblent légitimes, tant la pression sur le cash n’a jamais été aussi forte. Depuis mars 2020, vous avez sans doute entendu chez de grands commerçants les haut-parleurs crier « payez en toute sécurité et sans contact ». Cette incitation apparaît pour le moins étrange lorsque l’on sait que ces entreprises vendent des cartes de crédit… La rente financière est évidemment importante pour l’entreprise qui détient le support de paiement grâce aux frais de transaction.

Cette pression date de plus d’une décennie et ne vient pas uniquement du secteur privé. Les états français et italiens ont depuis quelques années limité l’usage du liquide pour des raisons fiscales notamment. La France restreint par exemple l’achat d’une voiture à un professionnel à 1’000 euro cash. Le solde doit être payé par un moyen traçable tel qu’un virement ou un chèque.

Les mêmes restrictions s’appliquent pour acquérir des métaux précieux. Au revoir l’anonymat. Ce rapport entre l’anonymat et les métaux précieux n’est pas anodin. Nous connaissons plusieurs exemples de pression de l’état envers les détenteurs d’or au cours du XXe siècle. Citons par exemple les États-Unis qui ont réquisitionné l’or de leurs concitoyens en 1933 afin de lutter contre l’envolée des taux d’intérêt. En France, le gouvernement du Front populaire a procédé de la même façon en 1936 et le Général de Gaulle a récidivé entre 1944 et 1948.

Dans ce contexte de contrôle, nous trouvons des parallèles intéressants avec l’ensemble de la littérature dystopique et de science-fiction. Nous pensons évidemment à 1984 de Georges Orwell. En 2021, dans notre société de surveillance de masse naissante, Big Brother ressemblerait plutôt à Little Brothers comme l’évoque le chanteur marseillais Akhenaton. Le risque est de mon point de vue que nous ayons les deux : la surveillance du voisin associé au divide et impera (diviser pour mieux régner) de l’administration toute puissante.

English Socialism dans 1984

Pour revenir à la littérature dystopique et au-delà de 1984, nous apercevons des similitudes avec de nombreux ouvrages tels que Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, Globalia de Jean-Christophe Rufin… ou encore La Servante écarlate de la canadienne Margaret Atwood.

Le Meilleur des Mondes de Aldous Huxley

C’est un passage de ce superbe roman que j’aimerai vous partager ici. Dans ce « roman d’anticipation », sorti en 1985, et maintes fois distingué, les personnes vivent dans un régime totalitaire et se voient attribuer des rôles très spécifiques. En quelques mots, le taux de natalité s’effondre et les humains font évoluer leur société pour éviter de disparaître. Fait marrant, la république se nomme « Gilead »… toute ressemblance avec l’actualité…

Je vous propose donc un passage qui explique une partie de la transition entre « notre monde » et le monde de l’héroïne Defred. Cet extrait nous montre le rôle important que joue l’argent liquide dans notre liberté quotidienne et qu’il faut une certaine volonté et combativité pour ne pas le perdre.

Bonne lecture.

La Servante écarlate de Margaret Atwood

Toutes ces femmes qui avaient un job : difficile à imaginer à présent, mais elles étaient des milliers, des millions à en avoir un. C’était normal. Aujourd’hui, c’est comme repenser aux billets de banque quand ils existaient encore. Ma mère en avait gardé quelques-uns collés dans son album de souvenirs, avec les photos les plus anciennes. Ils n’avaient plus aucune valeur, on ne pouvait rien acheter avec. Des bouts de papier, assez épais, poisseux au toucher, de couleur verte, avec des images des deux côtés, un vieux bonhomme à perruque et, au verso, une pyramide avec un œil au sommet. Ils proclamaient, En Dieu, nous croyons. D’après ma mère, les commerçants plaçaient des panneaux à côté de leur caisse pour proclamer en guise de plaisanterie : En Dieu, nous croyons, tous les autres paient comptant. Aujourd’hui, ce serait un blasphème.

Il fallait se munir de ces bouts de papier pour faire les courses, encore que la plupart des gens se soient mis aux cartes en plastique, à l’époque de mes neuf ou dix ans. Pas pour l’épicerie, cependant, ça, c’est venu après. Ça paraît très primitif, totémique même, de l’ordre des coquilles de cauris. Néanmoins, j’ai dû utiliser ce genre d’argent, pas longtemps, avant que tout soit transféré sur l’Ordinabanque.

J’imagine que c’est ce qui leur a permis de réussir leur coup, comme ils l’ont fait, brutalement, sans que personne ait vu venir quoi que ce soit. Si on en avait encore été au stade de l’argent liquide, ç’aurait été au stade de l’argent liquide, ç’aurait été plus compliqué.

C’est arrivé après la catastrophe, quand ils ont abattu le président, mitraillé le Congrès et que l’armée a instauré l’état d’urgence. Sur le moment, ils ont accusé les islamistes fanatiques.

« Restez calmes, ont-ils demandé à la télévision. Tout est sous contrôle. »

J’étais sidérée. Tout le monde l’était, je le sais. C’était difficile à croire. Le gouvernement au grand complet, anéanti d’un coup. Comment avaient-ils pu entrer ? Comment ça s’était passé ?

C’est là qu’ils ont suspendu la Constitution. Ils ont dit que ce serait temporaire. Il n’y a même pas eu d’émeutes dans les rues. Le soir, les gens restaient chez eux à regarder la télévision, à essayer de comprendre où on allait. Il n’y avait même pas moyen d’identifier un ennemi.

« Attention, m’a dit Moira un soir au téléphone. Ça se précise.

  • Qu’est-ce qui se précise ?
  • Tu vas voir. Ça fait un moment qu’ils mitonnent leur affaire. Ça sent le roussi, chérie. »

Elle avait repris une expression de ma mère, mais sans chercher à être drôle.

Malgré quelques événements notables, les choses ont tourné au ralenti pendant deux semaines. La presse a été censurée et plusieurs journaux ont été fermés, pour des raisons de sécurité, ont-ils déclaré. Les barrages routiers ont commencé à apparaître, ainsi que les Passidentitaires. Personne n’a protesté, forcément, on n’est jamais trop prudent. Ils ont dit qu’il y aurait de nouvelles élections, mais qu’il fallait le temps de les organiser. Ce qu’il fallait faire, ont-ils dit, c’était ne rien changer à notre routine.

Ils ont néanmoins fermé les Pornoshops, et les Foutre Trucks et les Pop-O-Teint qui ratissaient le Square ont disparu. Je n’ai pas pleuré. On savait tous que c’était de sacrées calamités.

« Il était grand temps qu’on réagisse », a grommelé la femme à la caisse du kiosque où j’avais l’habitude d’acheter mes cigarettes.

C’était une chaîne, située au coin de la rue : journaux, bonbons, cigarettes. La femme avait un certain âge, des cheveux gris ; elle était de la génération de ma mère.

« Ils les ont fermés ou quoi ? », j’ai demandé. Elle a haussé les épaules.

« On n’en sait rien, et on s’en fiche, a-t-elle répondu. Peut-être qu’ils les ont juste délocalisés. Les éliminer radicalement ou éradiquer des souris, c’est pareil, non ? »

Elle a tapé mon Ordinuméro sur sa caisse sans le regarder ou presque ; j’étais une habituée.

« Les gens se plaignaient », a-t-elle ajouté.

Le lendemain, en allant bosser à la bibliothèque, je me suis arrêtée au même kiosque pour m’acheter un nouveau paquet, parce que j’étais en panne. Je fumais davantage ces derniers temps, c’était la tension, on la percevait, elle avait tout d’un bourdonnement sous-jacent, alors qu’en surface tout paraissait très calme. Je buvais davantage de café aussi, et j’avais du mal à dormir. Tout le monde était un peu nerveux. À la radio, il y avait beaucoup plus de musique que d’habitude, et moins de discussions.

C’était après notre mariage, lequel semblait remonter à des années ; elle avait trois ou quatre ans, et allait à la garderie.

On s’était tous levés comme d’habitude, on avait pris notre petit déjeuner, du muesli, je me rappelle, et Luke l’avait emmenée en voiture, vêtue du petit ensemble que je lui avais déniché quelques semaines plus tôt, une salopette à rayures et un T-shirt bleu. C’était quel mois ? On devait être en septembre. En principe, un car de ramassage scolaire les récupérait, mais, va savoir pourquoi, j’avais tenu à ce que Luke la dépose, même les cars scolaires commençaient à m’inquiéter. Plus un seul gamin n’allait à pied à l’école, il y avait eu trop de disparitions.

Lorsque je suis arrivé au kiosque, la vendeuse n’y était pas. Un homme, un jeune qui n’avait manifestement pas plus de vingt ans, la remplaçait.

« Elle est malade ? lui ai-je demandé en lui tendant ma carte.

  • Qui ça ? m’a-t-il répondu sur un ton qui m’a paru agressif.
  • La dame qui est là d’habitude.
  • Comment je le saurais ? »

Il a entré mon numéro en vérifiant chaque chiffre un à un avant de le taper d’un doigt. Il était évident qu’il n’avait encore jamais fait ça. Impatiente d’avoir ma cigarette, j’ai tambouriné sur le comptoir en me demandant si quelqu’un lui avait déjà dit que ça se soignait, ces fichus boutons qu’il avait sur le cou. Je me souviens très bien de son physique : grand, un peu voûté, les cheveux bruns et courts, des yeux marrons qui semblaient se focaliser sur un point à cinq centimètres derrière le pont de mon nez et une fichue acné. Je pense que je me souviens très bien de lui, à cause de ce qu’il m’a dit ensuite :

« Désolé. Ce numéro n’est pas valide.

  • C’est ridicule, ai-je protesté. Il l’est forcément, j’ai plusieurs milliers de dollars sur mon compte. J’ai eu mon relevé il y a deux jours. Réessayez.
  • Il n’est pas valide, a-t-il répété d’un ton buté. Vous voyez cette lumière rouge ? Ça veut dire qu’il n’est pas valide.
  • Vous avez dû faire une erreur. Réessayez. »

Il a haussé les épaules et m’a décoché un sourire agacé, mais il s’est exécuté. Cette fois-ci, j’ai regardé ses doigts avec attention en vérifiant chaque chiffre à mesure qu’il s’affichait. C’était bien mon numéro, mais la lumière rouge a réapparu.

« Vous voyez ? », m’a-t-il lancé, sans se départir de son sourire crispé.

On aurait cru qu’il était au courant d’une blague qu’il n’avait pas l’intention de partager avec moi.

« Je les appellerai du bureau alors », ai-je marmonné.

Ce n’était pas la première fois que le système cafouillait, et en général il suffisait de quelques coups de fil pour rétablir les choses. Pourtant, j’étais fâchée, comme si on m’avait injustement accusée de quelque chose dont je n’avais même pas conscience. Comme si c’était moi la fautive.

« C’est ça », a-t-il grommelé.

Il n’en avait rien à faire.

J’ai laissé les cigarettes sur le comptoir, puisque je ne les avais pas payées. Je me suis dit que je pourrais en emprunter au boulot.

J’ai bien téléphoné du bureau, mais je suis tombée sur un message enregistré, et rien de plus. Les lignes sont saturées, disait le message. Est-ce que je pouvais avoir l’amabilité de rappeler ?

Pour autant que j’ai pu en juger, les lignes sont restées saturées toute la matinée. J’ai réitéré mon appel à plusieurs reprises, en vain. Ça non plus, ça n’avait rien d’exceptionnel.

[…] (passage non copié ou l’héroïne subit un licenciement collectif avec pour effet de devoir quitter immédiatement sa place de travail à la bibliothèque. Ndlr)

J’ai essayé de rappeler la banque, en vain, je suis retombée sur le même enregistrement. Je me suis servi un verre de lait – je m’étais dit que j’étais trop énervé pour un autre café -, puis suis allée m’asseoir sur le canapé du salon, j’ai laissé mon verre de lait sur la petite table, et je n’y ai pas touché.

[…]

« J’ai été virée », ai-je annoncé à Moira (une amie, ndlr). […] « Tu as essayé de passer une transaction avec ton Ordinacarte aujourd’hui ?

  • Oui. »

Je lui ai raconté ça aussi.

« Ils les ont bloquées, m’a-t-elle expliqué. La mienne aussi. Celles des comptes collectifs pareil. Tous les comptes avec un F dessus au lieu d’un M. Ils n’ont que quelques boutons à pousser, et c’est réglé. On est coupées du système.

  • Mais j’ai plus de deux mille dollars en banque, ai-je protesté, comme si mon seul cas importait.
  • Les femmes n’ont plus le droit de posséder quoi que ce soit. C’est une nouvelle loi. Tu as allumé la télé aujourd’hui ?
  • Non.
  • Ils en parlent. Sur toutes les chaînes. »

Contrairement à moi, elle n’était pas stupéfaite. Bizarrement, elle jubilait, comme si elle s’y était attendue depuis un moment et que les événements lui donnaient raison. Elle paraissait même plus énergique, plus déterminée.

« Luke peut utiliser ton Ordinacompte à ta place. Ils transféreront ton numéro sur le sien, à ce qu’ils disent, du moins. Mari ou proche partent de sexe masculin.

  • Et toi alors ? »

Elle n’avait personne.

« Je vais passer dans la clandestinité. Certains homosexuels peuvent récupérer notre numéro et nous acheter ce dont on a besoin.

  • Mais pourquoi ? Pourquoi ils font ça ?
  • Il n’y a pas à s’interroger, m’a répondu Moira. C’était forcé qu’ils fassent ça, les Ordinacomptes et les jobs en même temps. Tu imagines les aéroports sinon ? Ils ne veulent pas qu’on se barre, tu peux en être sûre. »

[…]

Luke s’est agenouillé et a noué les bras autour de moi.

« J’ai écouté la radio dans la voiture en revenant. Ne t’inquiète pas, je suis sûr que c’est provisoire.

  • Ils ont donné des raisons ? »

Il ne m’a pas répondu.

« On va passer ça, a-t-il déclaré en me serrant contre lui.

  • Tu ne sais pas ce que ça fait. J’ai l’impression qu’on m’a coupé les pieds. »

Je ne pleurais pas. Et j’étais incapable de l’enlacer.

« Ce n’est qu’un boulot, a-t-il ajouté pour essayer de m’apaiser.

  • Je présume que tu vas récupérer tout mon argent. Dire que je ne suis même pas morte. »

J’essayais de plaisanter, mais ma remarque avait un côté macabre.

« Chut, a-t-il dit, toujours à genoux. Tu sais que je ne te laisserai jamais tomber. »

J’ai pensé : voilà que je deviens parano.

« Je sais, j’ai répondu. Je t’aime. »

Plus tard, quand elle a été couchée et qu’on a dîné, je me suis sentie moins bouleversée et je lui ai raconté l’après-midi. je lui ai décrit l’irruption du directeur, la manière dont il nous avait annoncé la nouvelle (le licenciement ndlr).

« Ç’aurait été marrant si ça n’avait pas été aussi affreux, j’ai dit. J’ai pensé qu’il était soûl. Peut-être qu’il l’était. L’armée était sur place, et tout et tout. »

Puis je me suis rappelé un truc que j’avais vu, mais pas remarqué sur le coup. Ce n’était pas l’armée. C’était une armée d’un autre genre.

Il y a eu des manifestations, bien sûr, des tas de femmes et quelques hommes. Cependant, il y avait moins de monde qu’on n’aurait pu l’imaginer. Je présume que les gens avaient peur. Et elles ont immédiatement cessé quand on a su que la police, ou l’armée, ou va savoir, ouvrirait le feu, dès le début ou presque de tout rassemblement. Des bureaux de poste, des stations de métro, quelques trucs ont sauté. Mais on ne savait même pas trop qui était derrière. Ça aurait bien pu être l’armée, histoire de justifier les fouilles des ordinateurs et les autres aussi, les perquisitions de domicile.

Je n’ai participé à aucune des manifestations. Luke avait dit que ce serait inutile et qu’il fallait que je pense à eux, ma famille, à lui et à elle. C’est ce que j’ai fait. Vraiment. Je me suis mise à faire plus de ménage, plus de cuisine. J’essayais de ne pas pleurer pendant les repas. J’avais en effet commencé à pleurer, ça m’attrapait sans prévenir, et je m’asseyais à côté de la fenêtre de la chambre, pour regarder attentivement ce qui se passait dehors. Je ne connaissais pas beaucoup de voisins et, quand on se rencontrait dans la rue, on veillait à ne pas aller au-delà des politesses ordinaires. Personne n’avait envie d’être dénoncé pour manque de loyauté.

[…]

Ça ne le dérange pas, ai-je pensé. Ça ne le dérange pas du tout. Peut-être même que ça lui plaît. On ne s’appartient plus, mutuellement. À la place, je lui appartiens. Indigne, injuste, incorrect. C’est pourtant ce qui s’est passé.

Donc, Luke, ce que je veux te demander aujourd’hui, ce que j’ai besoin de savoir, c’est : avais-je raison ? Parce qu’on n’en a jamais parlé. Au moment où j’aurais pu le faire, j’ai eu peur. Je ne pouvais pas me permettre de te perdre.

Quels documents administratifs conserver ?

Vous n’aimez pas l’administration ? Moi non plus ! 🙂 Chaque année, mes clients me demandent quels documents administratifs il est utile de conserver. C’est pourquoi je vous propose ici quelques clefs pour passer le moins de temps possible sur votre administration tout en restant efficace.

Par peur de détruire « LE » document, nous sommes effectivement nombreux à conserver tous les papiers reçus, allant jusqu’à les archiver par année.

Cette méthode, qui nécessite sans doute de la rigueur, permet, entre l’entrée dans la vie active et l’âge de la retraite, de cumuler 40 classeurs fédéraux (le fameux classeur archive) à raison d’un par an.

Notez qu’un classeur plein pèse environ 3.5 Kg. Ainsi, en 40 ans de vie active, nous accumulerions 140 Kg de papiers ! Et Selon les archivistes, il faut compter pour stocker ces 40 classeurs, 2.80 mètres linéaires (mesure officielle des archivistes) !

Savoir quoi conserver et quoi détruire n’est effectivement pas évident. Est-il utile de conserver autant de documents ? Je vous propose de vous exposer ma méthode qui pourrait vous être utile pour faire une diète de papier.

Trier à l’entrée

Globalement, je jette et recycle 😉 95% des courriers reçus à la maison. Une fois reçu, un document n’a que trois destinations possibles :

  • Prise de connaissance puis poubelle,
  • Prise de connaissance puis retour à l’expéditeur,
  • Prise de connaissance et archivage.

Tout comme les emails, je me désabonne systématiquement de tout ce qui ne m’est pas utile.

Le tri des documents à conserver

Un seul classeur m’est utile pour stocker les documents les plus importants.

Ce classeur est divisé grâce à des intercalaires mentionnant les principales catégories administratives.

Pour résumer, il serait préférable de conserver :

  • La prévoyance sociale regroupant :
    • Votre carte AVS,
    • Votre dernier certificat de la caisse de pension (2e pilier). Vous pouvez jeter les anciens. Si vous changez d’employeur, vérifiez que vos avoirs aient bien été transférés dans votre nouvelle caisse puis jetez l’historique,
    • Le dernier extrait de votre compte ou police de libre passage (si vous en avez un).
  • La prévoyance privée :
    • Vos polices d’assurances vie originale (3e pilier A et B),
    • Le dernier extrait de votre compte ou dépôt bancaire de 3e pilier A.
  • Vos polices d’assurances santé LAMal et complémentaires.
  • Vos polices d’assurances « choses » (RC, voiture, maison, protection juridique etc.).
  • Vos documents d’ouverture de compte bancaire et les accès e-banking (je jette TOUS les relevés bancaires hormis l’attestation fiscale du 31.12).
  • Votre bail à loyer ou votre contrat hypothécaire en cours.
  • Votre testament et/ou votre contrat de mariage.
  • J’ajoute les copies des pièces d’identité des membres de la famille, le livret de famille, le budget, les contacts importants, un récapitulatif des comptes bancaires et quelques contrats ou documents importants.

Notez que vous devriez idéalement conserver les conditions générales de vos polices d’assurances qui font légalement partie du contrat.

À priori, et sous réserve de spécificité propre à chacun, vous pourriez vous débarrasser de tout le reste. Si l’hiver est rigoureux, et à défaut de recyclage, un feu de cheminée peut être le bienvenu.

Les exceptions…

Ce serait trop beau s’il n’existait pas d’exception dans les documents à conserver.

C’est notamment le cas de votre administration préférée, j’ai nommé les impôts. Elle peut exiger que vous lui présentiez TOUS les documents jusqu’à 10 ans après la déclaration. Ici, j’utilise des pochettes cartonnées. Si votre déclaration est simple, avec peu de documents, préférez l’envoi par internet et l’archivage informatique.

Les propriétaires auront également un dossier ou un classeur spécifique pour chacun de leurs biens. Ma recommandation est d’archiver TOUTES les factures (notaire, expertises, frais d’agence, taxes et travaux). Les travaux apportant une plus-value à votre logement seront déductibles de la plus-value imposable lors de la vente. Les travaux de rénovation quant à eux seront déductibles de votre revenu imposable lors de l’année d’exécution. À condition d’avoir conservé les preuves…

J’anticipe vos questions !

Arrivé à ce stade, vous allez probablement souligner qu’il manque un tas de sujets non abordés. Voyons cela.

  • « J’ai perdu un document ! Que faire ? » : rien de plus simple. Appelez la compagnie ou l’administration responsable et demandez une copie.
  • Faut-il conserver les fiches de paye mensuelle ? Hormis si vous montez un dossier hypothécaire, quelle en est l’utilité ? Conservez plutôt le certificat de salaire annuel.
  • Les Bulletins de versements et les factures courantes (mensuelles) : sauf si j’en ai besoin pour les impôts ou pour refacturer / transmettre à quelqu’un : je jette. Grâce au paiement par internet, la trace est informatique et si j’ai oublié de payer, je recevrai un rappel de l’émetteur, rien de bien grave. Si finalement j’en ai besoin plus tard, je demande une copie de la facture.
  • Les factures non courantes comme les meubles, les bijoux, l’informatique… :  je les conserve comme preuve d’achat pour un assureur en cas de vol ou de destruction par exemple.

Quid de l’informatique pour conserver les documents ?

Jusqu’à maintenant je n’ai que peu parler d’informatique. Vous pourriez très bien tout archiver sur informatique et vous passer du papier. Le hic est que les polices d’assurance vie par exemple sont des « papiers valeurs » et ont un statut juridique propre (comme une action au porteur).

Il me semble dès lors plus pertinent d’archiver en papier et de faire un back-up informatique. C’est pourquoi je scan et j’archive mes documents sur informatique.

Décentraliser les polices d’assurances, les contacts importants et les pièces d’identité de la famille sur un serveur est aussi un choix pertinent (la boîte email ou un cloud sécurisé fait l’affaire. SecureSafe par exemple, avec son niveau de sécurité élevé et ses serveurs basés en Suisse me semble être une bonne solution – je n’ai pas de part dans cette entreprise). Vous aurez ainsi toujours accès à vos documents importants, aux quatre coins de la planète.

J’espère que ce régime express, efficace et sans frustration vous permettra d’alléger votre bibliothèque et votre esprit.

Votre feedback m’est utile. Dites-moi en commentaire si vous voyez d’autres éléments importants à prendre en considération.

Immobilier : pourquoi augmenter sa dette hypothécaire ?

Si vous êtes propriétaire de votre bien immobilier depuis plusieurs années ou si vous avez déjà remboursé une grande partie de votre dette hypothécaire, cet article pourrait vous intéresser.

J’y aborde les intérêts tant financiers que fiscaux dont vous pourriez bénéficier en augmentant votre hypothèque.

Quand puis-je augmenter ma dette hypothécaire ?

Deux situations permettent d’augmenter votre hypothèque : lorsque la valeur de votre bien s’est appréciée dans le temps, et/ou si vous avez remboursé une partie de votre dette dans le passé.

Dans le premier cas, votre domicile a pris de la valeur tandis que l’emprunt est resté inchangé. Par exemple, une maison achetée 100 en 2005 vaut 180 aujourd’hui alors que la dette est demeurée stable à 80 (80% des 100.- de l’époque). Ici, et à condition de respecter la faisabilité, vous pourriez augmenter votre hypothèque à 80% du nouveau prix du bien (soit 144) ou au 2/3 si vous êtes à la retraite (soit 120). Dépasser les 80% d’endettement sur la valeur actuelle de votre propriété n’est pas vraiment possible (hormis cas spécifique comme le nantissement d’actifs).

Dans le second cas, et en ayant partiellement remboursé votre dette durant les années passées, vous pourriez réfléchir à l’accroître. Ici aussi vous devrez respecter la faisabilité.

Voyons maintenant quelques cas intéressants qui se prêtent à l’augmentation de la dette. Dès que nous parlons endettement, il convient de faire attention à ce que vous pouvez supporter comme niveau de dette et d’utiliser intelligemment et précautionneusement cet argent nouveau. Vous devrez probablement le réduire ou le rembourser un jour.

Des travaux grâce à sa dette hypothécaire

La situation la plus « simple » et la plus fréquente qui me vient à l’esprit consiste à réaliser des travaux. Pour faire bref, vous pouvez distinguer deux grandes catégories de travaux : la rénovation et les plus-values. Le traitement fiscal de ces deux postes diffère d’ailleurs considérablement.

Les travaux de rénovation consistent généralement à remplacer un élément vieillissant par un élément « identique », mais plus récent. Vous pourrez déduire ces travaux de votre revenu imposable. En réalisant 50’000.- de travaux de rénovation, vous pourriez réduire votre revenu fiscal d’autant et économiser 10’000.-, 20’000.- ou plus d’impôts (ce montant dépend de vos revenus et de votre taux marginal d’imposition, et s’établit aux environs de 20% à 40% du montant fiscalement admis).

Les travaux qui apportent des plus-values peuvent améliorer l’existant ou servir à agrandir votre surface habitable. D’un point de vue fiscal, c’est moins intéressant que les rénovations. Vous ne pourrez pas déduire les plus-values de votre revenu taxable, mais uniquement de l’impôt sur le gain immobilier lors de la revente de la maison. Le montant des économies fiscales sera plus bas et, si vous restez propriétaire de votre bien toute votre vie, vous n’en verrez jamais la couleur. Mais on ne construit pas son patrimoine uniquement d’un point de vue fiscal.  Sur le canton de Vaud par exemple, vous pourrez économiser 9% des plus-values en revendant votre logement principal après 10 ans (soit 4’500.- épargnés pour 50’000.- de plus-values).

Vous pourriez aussi bénéficier de différentes subventions (communale, cantonale et fédérale) en améliorant le chauffage ou l’isolation. Emprunter pour réaliser des travaux de rénovation et de plus-values vous offrira ainsi un double ou un triple avantage.

Racheter sa caisse de pension

Racheter des années dans votre caisse de pension est une solution présentant un potentiel intéressant. Cette étape mérite une analyse individuelle de votre situation pour évaluer correctement les montants, la faisabilité et les gains espérés.

Je crois ici qu’un exemple sera plus parlant. Supposons que vous ayez la possibilité de racheter 100’000.- dans votre caisse et que votre hypothèque actuelle vous permette de l’augmenter de ce montant.

En procédant ainsi, vous pourriez économiser jusqu’à 40’000.- d’impôts. Évidemment, cela dépendra de votre revenu imposable.

Je vous donne une astuce : procédez au rachat sur trois ou quatre années afin de maximiser le gain fiscal. Vous opterez également pour une telle solution dix ou quinze ans avant votre retraite afin de maximiser le rendement global (économie fiscale + rendement des avoirs dans la caisse). Je vous renvoie à cet article sur l’utilité de racheter sa caisse de pension.

Dans la même veine, rembourser votre caisse (remettre l’argent sorti dans le passé pour acheter votre résidence principale par exemple) pourrait devenir une bonne solution. Ce n’est pas le gain fiscal que vous recherchez dans un premier temps, mais l’augmentation de votre futur revenu de retraite. Procéder ainsi vous ouvrira potentiellement la voie des rachats fiscalement déductibles comme évoqué plus haut.

Par exemple, à l’orée de la retraite, vous décidez d’emprunter 100’000.- sur 15 ans, au taux de 1.26% annuel (coût de 1’260.- par an) et vous augmentez votre retraite de 4’000.- à 6’000.- par année selon votre caisse. Vous achetez ainsi de la « tranquillité » jusqu’à vos 80 ans…

Investir dans un portefeuille d’actifs

En rachetant votre caisse de pension, vous investissez de manière « facile » (vous ne gérez rien) et vous économisez des impôts. Mais vous pourriez aussi investir dans un portefeuille d’actifs (actions, obligations, fonds immobiliers, métaux précieux…).

Ici, l’idée reste la même que le rachat de la caisse, gain fiscal en moins, mais rendement potentiel plus élevé et disponibilité rapide du capital si besoin.

Les principaux propriétaires immobiliers de Suisse (fonds de pensions, assureurs, banques) procèdent ainsi et il vaut largement la peine de les copier. Le but est d’emprunter sur un actif à peu près stable (votre bien immobilier) et d’investir le fruit de l’emprunt, à moyen ou à long terme, dans des actifs plus volatils mais plus rentables.

Une analyse individuelle est fortement recommandée ici et cette stratégie n’est pas forcément adaptée à tout le monde. L’idée revient à emprunter à un taux bas (0.99% sur 10 ans ou 1.26% sur 15 ans) pour investir à un taux de rendement espéré plus élevé de l’ordre de 2% à 5% par année, voire plus.

Investir dans un immeuble de rendement

Une façon analogue de faire levier sur votre bien principal consiste à acquérir un immeuble de rendement. Les établissements financiers se montrent généralement plus enclins à accepter cette situation.

Du fait de la rentabilité faible et du manque de liquidité inhérents à un tel placement, investir dans l’immobilier de rendement en Suisse nécessite de mon point de vue un patrimoine assez « important ». Les amoureux de la pierre vous diront le contraire. 🙂 L’avantage peut toutefois résider dans un niveau de risque identique (emprunter sur l’immobilier pour acheter de l’immobilier).

Vous pourriez dès lors songer à vous tourner vers des pays voisins où le niveau de fonds propres requis est nettement plus faible qu’en Suisse. Avec une bonne recherche, vous bénéficierez également de rendements plus élevés. Prévoyez toutefois de fuir les capitales régionales telles que Paris, Lyon ou Bordeaux par exemple afin de ne pas tomber dans le même travers (prix et fonds propres élevés).

Retenez que le marché des capitaux offre plus de liquidités : si dans le futur vous aviez besoin de diminuer votre endettement, vous pourriez être forcé de vendre votre bien de rendement. À contrario, une vente partielle de votre portefeuille d’investissement pourrait suffire pour réduire votre dette immobilière.

Investir dans son entreprise

« Ray, tu as pris une hypothèque sur notre maison. On pourrait tout perdre. »

Cette citation est tirée de l’excellent film « Le Fondateur » avec Michael Keaton. Ce film retrace le parcours entrepreneurial de Ray Kroc qui a racheté McDonald’s pour bâtir la chaîne de restaurants que nous connaissons tous.

Au cinéma, l’utilisation de l’hypothèque pour monter sa boîte ou soutenir sa croissance est souvent mal vue. C’est pourtant une source de financement à considérer sérieusement. Les règles de prudence (montant emprunté, durée, taux…) s’appliquent ici encore plus qu’ailleurs, car la faillite reste un facteur possible. Cela me fait dire qu’un emprunt élevé serait à considérer sur une entreprise stable et régulière tandis qu’un montant plus modeste pourrait convenir au lancement d’une affaire.

Alors vous ne monterez peut-être pas le nouveau Mc Donald’s, mais vous devriez examiner ce point si vous êtes entrepreneur. Comme on dit : « le meilleur investissement c’est vous. »

Acheter sa voiture grâce à sa dette hypothécaire

Nous quittons le monde de l’investissement pour entrer dans celui des biens de consommation. Vous ne pouvez pas de mon point de vue mettre sur un pied d’égalité l’épargne grâce à l’emprunt et l’achat d’une automobile ou d’un tour du monde par exemple.

Les seules raisons qui m’invitent à envisager le financement de ce type de projet par la dette, résident (1) dans l’intérêt de payer « à crédit » son envie plutôt que de désinvestir une partie de son portefeuille qui apporte un rendement et, (2) que les revenus du travail ou des rentes de retraites à venir dans les prochaines années soient assurés afin de vous débarrasser de cette nouvelle dette.

Ici nous pouvons imaginer emprunter à court terme (trois ou cinq ans) le montant nécessaire, tout en pratiquant un amortissement direct, c’est-à-dire en diminuant chaque année ce nouveau crédit jusqu’à l’éteindre totalement à l’échéance. Évidemment, cette partie de l’article demeure « vrai » tant que les taux restent bas. Il vous en coûtera entre 0.6 et 0.8% d’intérêts par année selon la durée.

Généralités

Retenez que peu importe l’utilisation du nouvel emprunt, vous pourrez déduire les intérêts de votre revenu et ainsi baisser vos impôts.

Pour ce qui concerne l’investissement, l’idée de base consiste à emprunter à taux inférieur au rendement que vous espérez dégager de vos placements. C’est faire levier que d’agir ainsi.

Pour conclure, gardez en mémoire que détenir de la dette n’est pas anodin. Les taux peuvent monter et le bien immobilier qui sert de sous-jacent (garantie) peut voir sa valeur baisser. Il convient de mesurer les tenants et les aboutissants d’un emprunt. Votre prêteur pourrait également refuser l’augmentation de l’hypothèque.

Continuez votre lecture et apprenez-en plus sur le remboursement de la dette dans cet article.

Contactez-moi si vous cherchez une hypothèque adaptée à votre situation.

Cet article a été posté en tant qu’invité sur le site investir.ch dont je vous recommande vivement la lecture. Vous y trouverez de nombreuses analyses sur l’économie, l’immobilier ou encore la prévoyance dans notre pays.